Périménopause : ce qu'elle change dans le corps, les émotions et le couple

La périménopause concerne des millions de femmes en France, généralement entre 45 et 49 ans, et pourtant elle reste étonnamment absente des discours publics et médicaux. Une enquête nationale de Santé publique France révèle que près d'une femme sur deux estime difficile d'en parler, et qu'une femme sur deux n'aborde même pas le sujet avec son propre partenaire. Ce silence n'est pas anodin : il retarde le repérage des symptômes, isole les femmes qui les vivent, et laisse penser que ce qu'elles traversent serait exceptionnel, alors qu'il s'agit d'une étape universelle du corps féminin.

Sur le plan physique, la périménopause correspond à une phase d'instabilité hormonale plus qu'à un déclin linéaire : les taux d'œstrogènes fluctuent avant de baisser plus nettement, ce qui explique des symptômes aussi variés que les troubles du sommeil, les bouffées de chaleur, la fatigue chronique, les troubles de la concentration ou encore une diminution de la lubrification vaginale. Le sociologue et médecin Daniel Delanoë, montre que ces transformations ne se limitent jamais au corps : la ménopause est un véritable fait social total, qui engage à la fois l'identité, les relations et la place de la femme dans la société.

Dans le cadre de mes études de sociologie, j’ai rédigé un mémoire sur la périménopause dans lequelle j’ai interrogé près de 20 femmes ayant entre 45 et 55 ans. L’une d’elle, quarantenaire et en couple depuis près de vingt ans, m’a décrit ne plus reconnaître certaines de ses réactions émotionnelles, sans que rien de dramatique ne se soit passé : simplement l'impression que son corps échappait, par moments, à son contrôle habituel.

Sur le plan relationnel, cette période met souvent à l'épreuve la communication au sein du couple. Une femme peut ressentir une baisse ou une fluctuation de son désir, sans toujours oser en parler par peur d'être moins désirée ou de fragiliser la relation. Le partenaire, de son côté, ne comprend pas toujours pourquoi le désir varie autant d'une semaine à l'autre, et peut interpréter ce silence comme un désintérêt personnel. Or, la satisfaction sexuelle du couple peut avoir une importance dans la satisfaction relationnelle globale. Il n’est pas ici question de prioriser la sexualité quoi qu’il advienne, mais bien que ce sujet mérite d'être mis sur la table avec bienveillance et avex les bons outils.

Pourquoi consulter plusieurs types de praticiens

Face à la diversité de symptômes pouvant être exprimentés durant cette période, une seule porte d'entrée médicale ne suffit généralement pas. La périménopause touche simultanément le sommeil, l'énergie, les articulations, la peau, l'humeur et la sexualité : un accompagnement pluridisciplinaire (gynécologue, médecin généraliste, mais aussi kinésithérapeute, nutritionniste ou psychologue selon les besoins) permet de traiter chaque dimension.

Attention, dans tous les cas, il ne faut pas oublier qu’une femme n’est pas non plus un symptôme ou une liste de symptomes à corriger. Il est essentiel de s’interesser à cette personne, ce qu’elle traverse et ce qui est important pour elle. C'est d'ailleurs le modèle que développent aujourd'hui certains centres de santé dédiés aux femmes, où plusieurs professionnels travaillent en réseau autour d'une même patiente plutôt qu'en vase clos.

L'intérêt d'un accompagnement en sexologie, seule ou en couple

Dans ce réseau de soin, le sexologue occupe une place particulière : c'est souvent le seul professionnel formé à aborder frontalement la sexualité, sans attendre que la patiente amène le sujet elle-même. Un accompagnement individuel permet d'abord de comprendre ce qui, dans les changements physiques, peut être atténué ou contourné, mais surtout de retravailler le rapport au corps lui-même : sortir d'une vision purement centrée sur la performance sexuelle pour retrouver une relation plus sensorielle et plus incarnée au plaisir. Comme le formulaient déjà les sexologues Jacques Waynberg et David Elia, le maintien d'une vie intime épanouie tient bien davantage à la qualité de la relation et à la compréhension mutuelle des partenaires qu'aux seules données anatomiques.

C'est précisément pour cela qu'une consultation en couple prend tout son sens à cette période. Elle permet d'expliquer au partenaire ce que traverse réellement sa compagne, de désamorcer les malentendus autour des fluctuations du désir, et de construire ensemble un nouveau langage pour nommer les besoins de chacun, plutôt que de laisser le silence ou l'évitement s'installer durablement. Loin d'être une parenthèse à subir, la périménopause peut ainsi devenir, avec un accompagnement adapté, un moment de redéfinition et même d'approfondissement du lien.

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