La douceur envers soi-même : un besoin scientifique, surtout à la rentrée

Chaque année, lorsque sonne le 1er septembre, c’est le branle-bas de combat : des enfants à préparer pour l’école, des centaines d’emails à trier ou tout simplement une multitude de nouveaux projets à mener de front. Il n’est pas rare de se comparer aux autres à cette période. Il y aura toujours une personne qui semble tenir son planning et sa liste de choses à faire mieux que nous, surtout si nous avons eu la chance de prendre plusieurs semaines de pause. Si ce constat vous est familier, sachez qu’il ne dit rien d’un manque de volonté. Il démontre surtout à quel point nous avons intégré l'idée que se pousser continuellement serait la seule façon valable d'avancer. Or, la recherche scientifique de ces vingt dernières années raconte une tout autre histoire : c'est la douceur envers soi-même, et non la sévérité, qui permet réellement de traverser les périodes de charge mentale, dont la rentrée fait indéniablement partie.

Ce que montrent les neurosciences

Quand on s'auto-critique ("je devrais déjà avoir recommencé le sport", "je suis en retard sur tout"), le cerveau active le même système que face à une menace extérieure : le système de défense. Le psychologue britannique Paul Gilbert, fondateur de la thérapie centrée sur la compassion, a montré dès les années 2000 que l'autocritique déclenche une réponse de stress avec libération de cortisol et d'adrénaline, exactement comme si l'on était attaqué. À l'inverse, se parler avec bienveillance active un tout autre circuit : le système d'apaisement, hérité de nos comportements de soin envers les proches, qui libère de l'ocytocine et abaisse le cortisol. Des chercheurs comme Kirschner et ses collègues (2019) ont mesuré cet effet concret : les personnes qui pratiquent l'autocompassion présentent une meilleure variabilité cardiaque, un marqueur physiologique de calme et de récupération du système nerveux.

Ce qu'en dit la psychologie

La chercheuse américaine Kristin Neff, pionnière des études sur l'autocompassion, en distingue trois composantes : se traiter avec bienveillance plutôt qu'avec jugement, se rappeler que la difficulté fait partie de l'expérience humaine commune plutôt que de la vivre comme un échec isolé, et observer ses pensées avec un peu de recul plutôt que de s'y noyer. Une méta-analyse regroupant de nombreuses études (Zessin, Dickhäuser & Garbade, 2015) a montré que ces trois éléments, une fois cultivés, sont associés à moins d'anxiété, moins de perfectionnisme et une meilleure estime de soi. Une autre piste vient des travaux du neuroscientifique Matthew Lieberman à l'UCLA : le simple fait de nommer une émotion ("je me sens débordée", "je suis anxieuse à l'idée de la rentrée") active le cortex préfrontal, la zone du recul et de la régulation, et apaise l'amygdale, siège de l'alerte émotionnelle. Mettre des mots sur ce que l'on ressent est donc déjà, en soi, un geste de douceurmesurable par l'imagerie cérébrale.

Ce qu'apportent la sophrologie et le corps

Ces mécanismes ne sont pas que mentaux : ils s'incarnent. La sophrologie, fondée par le neuropsychiatre Alfonso Caycedo, repose largement sur la respiration et la détente musculaire progressive pour activer le système nerveux parasympathique, celui qui ralentit le rythme cardiaque et signale au corps qu'il peut sortir de l'alerte. Cette porte d'entrée corporelle est précieuse, car le stress chronique se loge concrètement dans les tissus : mâchoires serrées, épaules remontées, respiration courte. Les approches issues du sport et du mouvement conscient, dont le Pilates à approche psychocorporelle, s'appuient sur ce même principe : en ralentissant le geste et en portant l'attention sur les sensations plutôt que sur la performance, on redonne au corps un espace pour relâcher ce qu'il retenait, sans passer nécessairement par les mots.

3 exercices simples pour s'apporter de la douceur

Pour l'esprit, la pause de l'amie intérieure. Quand une pensée critique surgit, arrêtez-vous trente secondes et demandez-vous : que dirais-je à une amie qui traverse exactement la même chose ? Reformulez votre pensée avec ces mots-là. Cet exercice, inspiré des travaux de Kristin Neff, s'appuie directement sur le principe de bienveillance envers soi.

Pour les émotions, nommer pour apaiser. Dès que vous en ressentez le besoin, posez-vous et identifiez précisément l'émotion du moment sans chercher à la justifier ni à la faire disparaître. Le simple fait de la nommer, à l'oral ou à l'écrit, suffit à activer le circuit de régulation mis en évidence par les neurosciences affectives. N’hésitez pas à utiliser la roue des émotions en fin de cette article afin de vous guider dans cette identification !

Pour le corps, la respiration en 4-6. Inspirez par le nez sur 4 temps, expirez lentement par la bouche sur 6 temps, pendant deux minutes. Cette technique, issue de la sophrologie et largement reprise en médecine du stress, allonge le temps d'expiration pour activer le nerf vague et signaler concrètement au corps qu'il peut se détendre. Cette respiration, tout comme la respiration en carré, peut être une ressource particulièrement utile lorsque vous vous sentez perdre patience ou bien pour faciliter l’endormissement.

La rentrée n'a pas besoin d'être une remise à niveau brutale. C'est peut-être justement le moment le plus pertinent pour tester, à petite échelle, une autre façon de se traiter.

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