PMA & désir : Intimité ? Quelle intimité ?pendant le parcours

Un parcours de procréation médicalement assistée mobilise énormément d'énergie physique, administrative et émotionnelle, si bien que la sexualité du couple passe souvent au second plan, presque par nécessité. La recherche scientifique montre depuis plusieurs années que l'infertilité et son traitement ont un impact direct et documenté sur le désir et la vie intime des deux partenaires. Face à ce constat, certains chercheurs italiens ont proposé, en 2021 dans le Journal of Endocrinological Investigation, un nouveau concept clinique pour le nommer : le syndrome "Inferto-Sex". Il désigne l'ensemble des troubles sexuels liés spécifiquement au contexte de l'infertilité et de sa prise en charge. En savoir plus sur ces difficultés peut permettre aux couples concernés de comprendre ce qui leur arrive, et surtout de ne pas se sentir “anormaux”. Ces parcours sont pavés de grandes difficultés et représentent des enjeux conséquents à de multiples niveaux pour chaque personne concernée. Il ne faut voir dans l’analyse qui suit, sur les troubles sexuels qui peuvent intervenir dans ce cadre là, que des tentatives d’explication et des recommadations. Elles ne s’appliqueront pas uniformément à tous.tes et ne visent aucunement à remplacer une prise en charge pluridisciplinaire.

Ce que les couples traversent

Les études recensées convergent sur plusieurs constats. Côté femmes, la baisse du désir et de l'excitation touche, selon les études, entre 26 % et plus de 60 % des femmes suivies pour infertilité. Un lien statistique net est décrit entre le niveau de détresse psychologique et l'intensité des troubles sexuels. Côté hommes, la prévalence de troubles de l'érection chez les partenaires masculins de couples infertiles varie de 18 % à plus de 50 % selon les études.

Il est nécessaire ici de préciser que la nécessité d'avoir des rapports programmés selon le cycle d'ovulation, ce que les chercheurs appellent le "sexe sur commande", déconnecte l'acte sexuel du désir et du plaisir pour le réduire à sa seule fonction reproductive. Une étude japonaise citée dans le Journal of Endocrinological Investigation montre ainsi que ce cadre imposé produit une perte de sensualité et un évitement progressif de l'intimité chez les couples engagés dans un parcours d'assistance médicale à la procréation.

À cela s'ajoutent des dynamiques de couple spécifiques : un partenaire peut se sentir réduit à son rôle de "donneur de sperme" lors des recueils, l'autre peut associer chaque tentative infructueuse à un sentiment d'échec personnel, et les deux peuvent progressivement cesser de communiquer sur leurs besoins réels par peur d'ajouter de la pression à une situation déjà lourde. Les chercheurs notent également que le style d'attachement de chaque partenaire influence la façon dont ces tensions s'expriment : l'anxiété relationnelle est associée à davantage de difficultés de lubrification chez les femmes, tandis que l'évitement relationnel chez l'un des partenaires est associé à davantage de difficultés à atteindre l'orgasme chez l'autre.

Quel accompagnement de l’intime pendant cette période

Face à ces constats, plusieurs études appellent à un accompagnement psychosexologique systématique dans les parcours de PMA, et non uniquement en cas de crise. Ce travail vise trois objectifs :

  • réduire l'anxiété liée aux procédures elles-mêmes

  • redonner un espace à l'intimité en dehors des fenêtres de fertilité

  • accompagner les deux partenaires, et non uniquement la personne suivie médicalement, puisque l'infertilité reste avant tout une épreuve de couple

Un accompagnement en sexologie permet notamment de distinguer clairement les rapports “à visée de conception" de la sexualité de plaisir, et de redonner à cette dernière une existence propre, non conditionnée par le calendrier médical.

Deux pistes à explorer par vous-même

Sanctuariser un temps sans objectif de conception. Convenez, en dehors de la fenêtre de fertilité, d'un moment de tendresse ou d'intimité explicitement libéré de tout enjeu de résultat : un massage, un moment câlin, un rendez-vous sans obligation d'aller jusqu'au rapport bien entendu. L'objectif est de réhabituer le corps et l'esprit à associer l'intimité au plaisir plutôt qu'à la performance. Choisissez le moment et une activité qui vous fait envie ! Profitez-en pour explorer ce que signifie la tendresse envers votre partenaire, envers vous-même, en sortant des sentiers battus de la sexualité pénétrative.

Utiliser la “météo intime” pour communiquer : accordez-vous sur une échelle simple (de 1 à 10) ou un code couleur pour indiquer à l'autre votre niveau d'énergie, de charge mentale ou de désir, sans vous justifier ! Cette météo peut aussi servir à exprimer les craintes ou inquiétudes qui vous traversent avec votre partenaire. Au fil du temps, n’hésitez pas à créer des petits rituels autour de cette météo afin qu’elle ne soit pas un moment dramatique mais bien une source de communication positive entre vous. Envoyez à votre partenaire une photo, un meme, ou des vidéos humoristiques par exemple. Il est également possible de demander à votre partenaire de choisir entre 4 ou 5 photos/vidéos pour l’encourager à partager sa propre échelle.

Même si cela ne semble pas la priorité au milieu d'un parcours déjà exigeant, se faire accompagner sur ce plan n'est pas un luxe secondaire : la qualité du lien et de l'intimité du couple influence directement sa capacité à traverser ce parcours. Un espace dédié à cette dimension, en dehors des rendez-vous médicaux, peut faire une réelle différence. N’hésitez pas à prendre contact si vous en ressentez le besoin !

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